LE PRESIDENT EST RESPONSABLE

Mohamed MAIZ

Le débat sur la constitution est devenu le sujet principal de la vie politique algérienne. Le système représenté par la coalition mafieuse(FLN-RND) aux affaires ,exerce un monopole écrasant, forçant l’alignement de tous, dans un cynisme et une malhonnêteté éhontés. Des voies partisanes, plutôt courtisanes, n’ont cessé d’appeler, d’implorer le président Bouteflika pour amender la Constitution .

En toute objectivité et loin de tous ceux qui n’ont céssé de faire la danse du ventre pour se faire remarquer et plaire au souverain et loin de tous ceux qui ont profité et qui continuent de profiter du règne de Bouteflika , je dis que LE PRESIDENT A PERDU TOUTE LEGITIMITE POUR AMENDER LA CONSTITUTION. C’est à ce périlleux examen et non moins nécessaire que je vais m’exercer dans cette contribution afin d’éclairer l’opinion et attirer son attention sur ce qui se cache derrière ce « chahut » de laudateurs, sans dignité sans foi ni loi ; même s’il en existe, et ils sont rares, ceux qui soutiennent cette initiative en toute sincérité et bonne foi.

Je n’ai rien contre vous M. le Président, ma position tient de cette incroyable légereté que vous avez a respecter les lois de la république , meme celle que vous avez faites , du mépris que vous avez envers la nation , peuple et institutions mais aussi des bilans politique, économique, social, culturel, sécuritaire et autres qui me paraissent loin, très loin des objectifs et des promesses que vous avez faites au peuple algérien et à la nation.

Le bilan est négatif, tous les indicateurs économiques sont au rouge, les perspectives bloquées, l’avenir incertain. Depuis votre avènement, M. le Président, les acquis en matière de liberté et de démocratie vous les avez étouffés, vous les avez fait régresser. Les abus, les injustices et les humiliations subis par le peuple avant vous et que vous avez si bien analysés et dénoncés au début de votre premier mandat vous les avez renforcés. Les changements que vous avez imprimés à la société vous les avez imposés de force, en usant du droit de la force alors que le peuple attendait de vous que vous usiez de la force du droit. Cette mentalité négative que vous avez imposé par la charte pour la réconciliation nationale ne pourra effacer les traumatismes. Ne pas dire, ne pas dénoncer, ne pas nommer, afin que ne puissent être heurtées les consciences, ne peuvent aboutir à la longue, qu’à une démobilisation et à un immobilisme citoyen sur des sujets aussi vitaux que la sécurité, le terrorisme et autres fléaux qui rongent notre société aujourd’hui.

La paix recherchée et espérée n’implique en aucune manière qu’il faille être amnésique de ce passé douloureux ou ignorant des racines du mal. Pour avoir consacré le règne des personnes au détriment du règne de la loi, le citoyen se trouve privé de toute perspective d’avenir et de liberté ; la mer devant lui, la misère, le mépris et l’humiliation derrière lui ; alors notre jeunesse n’a trouvé d’autres issues que d’ affronter les démons de la mer pour fuir les dinosaures de la terre ; de leur terre dont ils se sentent incompris, étrangers, sans avenir et sans espoir.

Sous votre règne , celui qui dénonce les méfaits et les abus se retrouve en prison et celui qui les commet est promu!(Oulad Dadda en est la parfaite illustration).

DES MANDATS TROUBLES

Vos mandatures M. le Président, auxquels il va falloir trouver un qualificatif, après la noire suivie de la rouge, on pourrait peut-être les qualifier de mandats troubles, tellement l’incertitude et les renoncements à tous les niveaux ont marqué ces quinze dernières années. Oui, l’incertitude a marqué les années de votre gouvernance. Tous les cadres de la nation peuvent en témoigner, mais ils ne le feront pas et vous savez pourquoi. La terreur que vous avez installé progressivement jusqu’à atteindre le sommet des institutions en est la cause. Rien ne bouge, rien ne se fait, rien ne se dit sans votre consentement. Tout ce qui se fait est fait non pas pour le pays ni pour le peuple, mais pour vous plaire et vous satisfaire ; en contrepartie, vous récompensez si bien vos serviteurs. Cette nomenklatura que vous avez réanimé, ces notables de la pensée et du système uniques que vous avez mutés en notables d’une démocratie de cour, vous les avez privilégiés aux forces vives de la nation. Le peuple est écarté de toute participation à la vie politique, non seulement vous l’avez éliminé, mais le pays ne lui appartient plus.

Le pays sous votre règne est devenu l’otage des institutions, des clans et de vos humeurs changeantes. « Diriger » est devenu synonyme de s’isoler, exclure, dominer, mépriser, s’enrichir. « Dirigé » est devenu synonyme de voter, se soumettre, applaudir, s’appauvrir, harraga. Le fossé se creuse chaque jour davantage entre la société et les institutions, entre le peuple et l’Etat mais il se prépare quelque chose de beaucoup plus grave, c’est le fossé qui commence à se creuser entre les Algériens et l’Algérie et vous risquez d’en être le responsable.

Vous vous êtes entouré de serviteurs zélés, alors que le pays a besoin d’hommes et de femmes de convictions et de compétences. Ce qui est révoltant, ce n’est pas que les médiocres y soient nombreux, c’est plutôt le fait que vous assuriez si bien leur promotion. Quel suprême mépris envers le peuple à qui vous avez juré dans votre serment d’investiture de l’écouter, le protéger et de le servir. Une autocratie rampante Mais tout cela a une explication, il tient à la nature même de votre personnalité. Vous êtes M. le Président, un Autocrate. C’est votre droit et c’est aussi mon droit de vous le dire. vous voulez être, à vous tout seul, tout le pouvoir et non un élément du pouvoir comme dans toute démocratie. Vous voulez incarner l’Exécutif, le législatif, le judiciaire, l’économique, le sécuritaire et même le spirituel. vous ne voulez pas être un 3/4 de Président, vous voulez être un 4/4 de pouvoir !

Oui, Mr le président Bouteflika vous vous comportez en souverain autocrate de par votre mépris envers le peuple, l’ignorance des corps intermédiaires, la haine de l’opposition, faisant de vos rancunes, de vos mots, de vos gestes devant le défilé de vos invités ,de votre regard , même hagard ,des actes de politique. Il a bougé sa main , il a parlé , tels sont vos hauts faits que votre cour et votre presse met en avant. Maitre absolu de l’Exécutif quand cela vous arrange, arbitre excessif quand cela vous sied, ce sont les deux facettes que vous présentez selon votre gré ; cela vous permet d’exercer tout le pouvoir sans en supporter toute la responsabilité. Avec un Parlement docile, dépouillé de tout pouvoir, un contrôle constitutionnel insuffisant, voire absent, une opposition terne et incapable vous n’avez d’autres limites que la mesure et le réseau d’influence clanique dont vous semblez être le régulateur. La politique reste pour vous, comme aux années de plomb, ténébreuse, inspirée par des cabinets noirs, modifiant sans cesse vos projets de réforme au gré de vos humeurs, voire de vos improvisations.

Une gestion des affaires du pays faite de secrets, d’initiatives isolées, de futurs dissimulés ,emprunts d’intrigues, de manipulations et de démagogie, ne supportant ni contradiction ni opposition. Avec vous Mr le président nous sommes entré dans la phase de personnalisation du pouvoir, et comme l’a dit Ibn Khaldoun : « La personnalisation du pouvoir constitue la cause principale de l’effondrement de l’Etat et de la continuité de la civilisation. » Nous y allons droit vers cet effondrement de la nation!

Le Président, dans sa volonté de nous convaincre de l’intérêt de la modification de la Constitution, nous explique, par laudateurs interposés, que les modifications qu’il compte apporter ont pour but, entre autres de définir les prérogatives de l’armée et surtout de l’en éloigner de la vie politique,comme aime a le répéter le premier des laudateurs , la constitution va consacrer ‘l’état civil’ vous m’excusez de la minuscule pour « état ». Comment croire à cela, lorsque dans les faits nous sommes dans un système dominé par l’esprit militaire psychologiquement, moralement et physiquement et que le Président n’a eu de cesse de renforcer. Pour preuve, le 5 juillet, depuis l’avènement de Bouteflika, n’est plus considéré dans les faits comme la fête de la jeunesse ou de l’indépendance, mais bien comme la fête de l’armée avec le très attendu discours à la nation au sein même de l’institution militaire, affirmant par là son autorité de chef suprême des armées.

Ceci explique parfaitement la nature du Président qui est celle de l’autorité suprême qui donne des ordres, mais ne rend de comptes ni ne se justifie. A ce niveau de comportement, cela porte un nom : DICTATURE. Cette dictature des temps modernes, qui aurait pu être tolérée en contrepartie d’une efficacité économique et sociale, ne peut être acceptée pour son inefficacité, mais surtout pour ses dérives. Faute d’un pouvoir autre que son pouvoir, le régime autoritaire du président Bouteflika a pu s’organiser et organiser en toute quiétude tous les tripotages politico-affairistes qui ont débouché sur les scandales politiques et financiers qui ont terni l’image du pays.

Rupture avec le système et ses méthodes.

Dans ce climat politique d’intolérance, de consensus et d’unanimisme, il est regrettable de noter l’absence notable de l’opposition intellectuelle en dehors de toute chapelle. L’Algérie est devenue un pays où les intellectuels ne jouent plus aucun rôle dans le débat public et n’exercent surtout aucune influence sur l’esprit de la nation. Alors que faire ? Une véritable action pour le changement est la seule issue pour sauver le pays du chaos et de l’ingérence étrangère. Une dynamique populaire , menée par une élite responsable afin qu’elle ne finisse pas dans les bras des extrémistes de tout bord est a même de provoquer la « rupture  » avec le système , ses méthodes et ses hommes , sans quoi , il n y aura plus d’espoir que dans un « octobre mature » , pour provoquer la rupture.

Dr Mohamed MAIZ

Membre fondateur du CCD (Congrès du Changement Démocratique).

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